Revue de la première Cérémonie de la Musique de l'Ombre
Le 20 Août 2006, au Kola Note (Montréal)
Par An Ocean Soul



C'était par une soirée sans lune... Le ciel était gris et une fine pluie glaciale recouvrait les visages sombres des arrivants d'un froid linceul liquide. Les rues étaient désertes à l'exception de ces petits groupes isolés qui semblaient tous converger vers une destination unique, le Kola Note. Derrière le verre noir de ses portes, dans les ténèbres profonds de l'antre cérémonial se trouve déjà une foule grave, muette. Elle attend.

En cette soirée où la lumière a quitté ciel et cœurs se réunissent les adeptes des arts obscurs. Pour la première fois, ils unissent leurs tourments en une grande fête en l'honneur de leur sombre passion commune : Le Heeeeeeeeeeaaaaavyyyyyyyyy meeeeeeeeeetaaaaaaaaaaaaaaaaaaaall!!!!!

Je me glissai donc dans cette foule pour assister moi aussi à la première Cérémonie de la Musique de l'Ombre, un festival visant à promouvoir le coté " obscur " de la musique. Au menu, 5 groupes et une artiste solo offrant une variété assez intéressante de styles tous en marges des normes radiophoniques populaires. Du Black au Power, de l'électro-industriel au classique, la Cérémonie de la Musique de l'Ombre accueille tous les artistes qui œuvrent, comme le nom le dit, dans l'ombre. Puisque l'Édition Métallique travaille elle aussi depuis des années à promouvoir la scène culturelle underground, nous étions donc fiers d'assister à un tel événement!

Le premier groupe à initier les festivités était Stryxvirii. C'était un excellent choix pour débuter la soirée, car je ne peux pas mieux imaginer un groupe représentant plus ce que les organisateur de l'événement décrivait comme musique de l'ombre, soit " sauvage, brutal, avec un désir d'aller plus loin que les sentiers battus ". Stryxvirii est un groupe entre le black métal ambiant à la Limbonic Art, le black plus sauvage et épique des premiers albums de Bal-Sagoth, et l'électro-industriel. Mieux encore, pensez à des martiens vraiment choqués, et vous avez Stryxvirii! La base est métal, mais ils y ont ajouté des effets sonores psychédéliques, des ambiances de l'espace et bien d'autres choses que je ne pourrais pas décrire. Le mélange est vraiment intéressant et la nouveauté est très rafraîchissante dans ce style qui s'use trop rapidement. Leurs compositions sont variées, chacune possédant une atmosphère bien particulière, ce qui contribue à garder notre intérêt jusqu'à la fin. Visuellement, ils possèdent une excellente présence sur scène. Les effets visuels sont, on peut le voir facilement, de qualité "amateur", mais l'effet créé est tout de même remarquable. Avec les " black lights ", les habits blancs phosphorescents, les bâtons oranges fluorescents, le masque de squelette vert radioactif et l'ambiance techno-épiquo-psychédélique, Stryxvirii est sans aucun doute le groupe le plus étrange de la scène métal!

Le deuxième acteur de cette soirée, BodySerpent, portait bien son nom. Leur musique est aussi vivante qu'une carcasse morte de serpent (des animaux à sang froid). Un son cru, des mélodies lentes, monotones et répétitives, une voix grinçante, sans émotions. Je sais que c'est là l'objectif du black métal traditionnel, mais pour des non-initiés, ce n'est pas toujours génial en concert. Les compositions ne sont pourtant pas si mal en soi mais l'intensité n'y est pas. De plus, BodySerpent offre un concert visuellement inintéressant, à l'exception de leurs maquillages. Pour cela, je leur lève mon chapeau! Le batteur en particulier me donnait la chair de poule. Leur style n'est pas mauvais, mais il leur manque de l'attitude sur scène, de l'énergie, quelque chose pour compenser la lenteur et la froideur de la musique.

D'un extrême à l'autre, nous passâmes à Hollow Grief et leur Heavy métal de la vieille école. Pour tous les headbangers présents, ce groupe fut une joie. Hollow Grief pourrait se décrire comme du Heavy-power avec une note de thrash. Dans le genre Hanker, mais un peu plus cru. Rien pour surprendre l'assemblée, mais tout pour ravir mon cœur de metalhead né dans la mauvaise époque! J'ai bien apprécié la musique de Hollow Grief, leurs compositions sont simples, classiques et intemporelles. Cependant, leur performance n'était pas très accrocheuse, ce qui fit que j'étais l'un des rares à me secouer la chevelure. À l'exception du chanteur/bassiste, qui faisait un dur travail d'essayer d'animer la foule, les musiciens manquaient de charisme et n'ont pas su établir un contact significatif avec la foule. Ils étaient trop statiques, jouant chacun leur truc dans leur bulle. Ils ont du potentiel mais il leur faudrait travailler sur leur présence sur scène. Tout de même, j'ai beaucoup apprécié ce groupe.

La quatrième partie du concert était des plus particulières. Seule devant son piano, qui lui était seul devant la foule, La Pianiste qui rêvait d'humanité nous donna un concert des plus remarquable. Alors que les 5 autres étaient des formations métal, dans un extrême ou l'autre du style, La Pianiste œuvre plutôt dans la musique classique avec un coté très gothique. Ses compositions sont pour la plupart de courts morceaux d'environ 3 minutes où elle fait preuve d'un grand talent et, surtout, d'une grande tristesse. Ses compositions ne sont pas complexes mais elle est très habile et rapide et ses pièces sont jouées avec une telle sincérité que je crois qu'il n'y a pas eu une seule personne dans la salle qui n'en fut pas touché. La foule entière était figée devant cette jeune femme si fragile d'apparence qui vidait ses états d'âmes devant nous sur son piano. J'admire son courage de monter comme cela sur une scène et de donner un concert de ce genre. Une très belle performance!

Le groupe suivant, Midwar, est ce que je qualifierais d'enfant prodige du Power métal québécois! Ce jeune quatuor nous épata avec des compositions personnelles très impressionnantes, autant du coté technique que sur la mélodie, et surtout plusieurs reprises de classiques du Power métal, comme Blind Guardian, Edguy et Angra. Oui, vous m'avez bien lu, Angra! Ils sont solides les jeunes! Leur performance avait quelques petits accrocs dus au manque d'expérience, mais le talent y était, le talent qui en fera des virtuoses avec le temps! Je prédis : ce groupe sera la nouvelle coqueluche de notre scène Power métal! Wow!!

Vint ensuite en avant-première Anemonia, un groupe de Montréal dont je ne comprends pas le lien entre le nom du groupe (une anémone!) et la musique. Détail peu important il est vrai, mais qui me perturbe tout de même. Quant au groupe lui-même, mon opinion est divisée en deux. D'un coté, le groupe est excellent musicalement. Les membres du groupe sont habiles et les compositions intéressantes, un petit mélange de folk, de power et de heavy métal. Ils ont une bonne présence sur scène et leur performance était très divertissante. D'un autre coté, il y a la chanteuse, qui possède une bonne voix dans les passages plus graves (pour son registre, entendons-nous), mais qui se gâte horriblement en montant. De plus, elle se donne un accent terrible en chantant, au point de rendre sa performance ridicule, et elle roule ses " r " plus fort qu'un pistolero! J'ai été confondu au début en entendant les premières notes car, avec le coté folk de la musique et le chant un peu inhabituel de la chanteuse, on aurait dit une groupe de métal de gnomes, un mélange de Finntroll et de Tuatha de Dannann!! Après quelques minutes par contre, on se rend compte que non, la musique est très sérieuse et même excellente, mais le vocal ne semble pas y avoir sa place.

En finale, le groupe le plus prometteur de la scène rive-sudoise, un jeune groupe qui à vite su placer son nom parmi les maîtres du Power métal au Québec, j'ai nommé : Icewiiiiiiind!! Du coté performance, Icewind possède tout ce qu'il faut à un groupe sur scène. Leur musique est excellente, et très efficace en concert, ils sont charismatiques, à l'aise avec la foule et surtout, ce qu'il manque à beaucoup de groupe, ils possèdent une complicité entre eux qui est visible pour le spectateur. Leur performance en est que plus intéressante car le fan embarque dans cette familiarité. Le chanteur tout particulièrement établit un contact très personnel avec la foule. Leur performance fut énergique et très intense, visuellement et émotionnellement. Même s'ils sont beaucoup moins techniques que le groupe précédent, ils compensent par la richesse émotionnelle de leurs mélodies. Réellement le meilleur concert de Icewind que j'ai eu la chance de voir!

Retour rapide sur cette première Cérémonie de la Musique de l'ombre Ce fut un succès! Malgré le peu de gens présents et le son absolument terrible que nous à donné la Kola Note, les groupes présents nous offrirent une belle soirée, très diversifiée et riche en talent nouveau qui ne demande qu'à être découvert. Félicitations aux organisateurs pour nous avoir dénichés autant de groupes intéressants dans toutes les sphères de la musique underground " métal ". J'attends le second événement avec impatience!




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